En août prochain, le Québec ne sera plus seulement une carte postale. Il deviendra une épreuve. Une traversée mentale. Un laboratoire d’endurance à ciel ouvert.
Du 13 au 23 août 2026, plus de 400 cyclistes prendront le départ de la Race Across Québec, présentée par Decathlon, dans ce qui s’annonce comme l’édition la plus ambitieuse de son histoire. La page officielle de l’événement confirme une programmation allant de 200 km à 2500 km, avec un discours clair : créer des événements ultra « pour toutes et tous », dans le cœur brut des paysages québécois.
Mais cette troisième édition change d’échelle. Elle ne se contente pas d’ajouter des kilomètres. Elle installe le Québec sur la carte internationale de l’ultradistance.

Une épreuve reine de 2500 km : le Québec entre dans une autre dimension
La grande nouveauté, c’est l’arrivée du 2500 km, une distance jamais offerte auparavant dans le cadre de la Race Across Québec. Sur le papier, c’est une ligne. Sur la route, c’est autre chose : plus de 26 000 mètres de dénivelé positif, des montagnes estriennes, des routes isolées, la Gaspésie, la mer, les falaises, le vent, la fatigue, la nuit, puis ce moment étrange où le corps veut arrêter mais où la tête décide de continuer.
Selon Mon Joliette, qui rapporte les propos du coorganisateur David Roy Proulx, l’ambition est claire : faire de cette distance une véritable « course ultime en Amérique du Nord ». Le même article souligne qu’une course officielle d’une telle distance n’avait jamais été proposée au Québec auparavant.
C’est là que la RAQ devient plus qu’un événement sportif. Elle devient un marqueur. Une déclaration. Le Québec n’est plus seulement un décor à traverser : il devient un adversaire magnifique.
L’ultra, mais pas réservé aux machines
La force de la Race Across Québec, c’est qu’elle ne vend pas seulement l’exploit. Elle vend l’accès à l’exploit.
Avec ses formats de 200, 300, 500, 1000 et 2500 km, l’événement ouvre plusieurs portes d’entrée vers l’ultradistance. Le 200 km nocturne attire les aventuriers qui veulent goûter à l’inconfort sans partir pour dix jours. Le 300 ou le 500 km permet de tester ses limites. Le 1000 km entre dans le vrai dur. Le 2500 km, lui, devient le territoire des obsédés du dépassement.
Dans un article publié par la Race Across Series, l’organisation présente justement la RAQ comme une aventure humaine et immersive, où l’expérience dépasse la simple performance : rouler au Québec, c’est traverser des forêts, des villages, des lacs, des routes ouvertes, mais aussi des silences et des rencontres.
C’est peut-être ça, le vrai luxe de l’ultracyclisme : ne plus seulement faire du vélo, mais habiter la route.

Une course semi-assistée, donc sauvage… mais encadrée
La RAQ n’est pas une promenade organisée avec petits rubans et confort permanent. Les participants roulent en autonomie, mais peuvent s’appuyer sur des bases de vie, ces zones où ils retrouvent leurs effets personnels, des repas, du repos, des soins, des sanitaires, des stations de recharge et parfois leurs proches.
Ce format semi-assisté change tout. Il garde l’ADN de l’aventure, mais évite de transformer la course en roulette russe logistique. La sécurité devient une structure invisible : assez présente pour protéger, assez discrète pour laisser la route faire son travail.
Les règlements officiels de la Race Across Series imposent d’ailleurs, pour les distances de 500, 1000 et 2500 km, une période minimale de repos de 4 heures toutes les 36 heures, avec contrôle GPS et disqualification possible en cas de non-respect.
Autrement dit : oui, c’est extrême. Non, ce n’est pas n’importe quoi.
Les femmes prennent la route — et pas en figurantes
L’autre signal fort de cette édition 2026, c’est la participation féminine. Les inscriptions compilées à ce jour affichent plus de 22 % de femmes au départ. Dans un univers d’endurance longtemps dominé par les hommes, ce chiffre compte.
Il compte parce qu’il montre une tendance. Il compte parce qu’il déplace l’image de l’ultra. Il compte parce que les femmes ne viennent pas seulement “participer” : elles viennent courir, performer, grimper, tenir, surprendre, gagner.
La Race Across Series l’a déjà vu ailleurs : en 2025, Pauline Gaidet a pris la tête du classement général sur le 300 km de la Race Across Spain, une première victoire féminine dans l’histoire de la série. Dans un sport où le mental, la gestion de l’effort, le sommeil, la nutrition et la résistance émotionnelle pèsent aussi lourd que la puissance brute, les vieux clichés prennent le bord.
L’ultradistance n’est pas qu’une affaire de jambes. C’est une affaire de système nerveux.

Du local à l’international : Québec entre dans la grande famille Race Across
La Race Across Series est née en 2018 avec une idée simple : rendre l’ultradistance plus accessible, plus sûre et plus inclusive, sans enlever l’esprit d’aventure. Aujourd’hui, la série s’étend sur plusieurs pays, plusieurs continents et plusieurs formats.
La page internationale de la série la présente comme un réseau d’événements d’ultracyclisme en conditions semi-autonomes, ouvert autant aux débutants qu’aux cyclistes confirmés.
Et ce n’est pas seulement une affaire de prestige. Les épreuves de 1000 km de la Race Across Series sont aussi importantes pour les cyclistes qui visent plus haut, notamment la mythique Race Across America. La World UltraCycling Association rappelle que les coureurs solo de la RAAM doivent se qualifier via au moins un événement reconnu comme qualificatif.
La RAQ devient donc un pont : entre le Québec et le monde, entre la découverte et l’élite, entre la première folie et les plus grandes traversées de la planète.

Ce que la RAQ raconte vraiment
Au fond, la Race Across Québec 2026 raconte quelque chose de plus grand que le vélo.
Elle raconte une époque où les gens cherchent encore des expériences qui les sortent du confort, du bruit, du faux, du petit quotidien prévisible. Elle raconte des cyclistes qui veulent se mesurer à une distance, oui, mais surtout à eux-mêmes. Elle raconte un Québec immense, sauvage, beau, parfois dur, qui ne se consomme pas en story Instagram, mais qui se mérite à coups de pédale.
Le départ sera donné entre Terrebonne, Ste-Foy et Bromont selon les distances. Les arrivées, elles, auront toutes le même goût : celui d’avoir continué quand tout criait d’arrêter.
Et c’est peut-être ça, la vraie promesse de la Race Across Québec.
Revenir différent.
Race Across Québec 2026 : le Québec devient un terrain de légende pour l’ultracyclisme