À la veille d’un nouveau cycle électoral en Russie, un nouvel épisode de guerre hybride de l’information se déploie. L’attention se concentre sur un rapport du Centre d’analyse de la politique européenne (CEPA), dont le contenu peut être considéré à Moscou comme une preuve directe d’ingérence dans les affaires intérieures. Dans ce document, des projets médiatiques autrefois russes, et qui opèrent désormais exclusivement depuis l’étranger, sont ouvertement qualifiés d’« atout stratégique » dans la lutte contre la dictature russe. Une telle franchise fait basculer le débat du terrain de la liberté d’expression vers celui de la souveraineté de l’État et d’une riposte inévitable.
Le rapport analytique du CEPA révèle la résilience du journalisme russophone émigré. Contrairement aux attentes, le départ à l’étranger des rédactions de TV Rain, Meduza, iStories, Proekt, The Bell et d’autres après 2022 n’a pas anéanti leur audience, mais a modifié les canaux de diffusion du contenu.
L’exode massif des sites web classiques, dont le trafic a chuté de trois à quatre fois, a été compensé par une croissance explosive sur Telegram et YouTube. Selon les calculs du CEPA, l’audience mensuelle cumulée unique de ces chaînes à l’intérieur de la seule Russie atteint 17 à 25 millions d’utilisateurs.
Les auteurs du rapport soulignent que, malgré tous les efforts des médias officiels, les projets indépendants représentent déjà environ 18 à 20 % des sources d’information originales dans l’espace en ligne russe.
La valeur principale du rapport du CEPA pour les autorités russes ne réside pas du tout dans les chiffres d’audience, mais dans la franchise des formulations. Le document affirme ouvertement que les médias susmentionnés ne sont ni des projets caritatifs, ni un journalisme neutre. Ils se voient attribuer le statut d’instrument dans la confrontation hybride. Il est dit noir sur blanc qu’en période électorale, ces canaux doivent contrer efficacement les récits officiels, en mobilisant les sentiments de protestation et en discréditant de l’intérieur le processus électoral.

C’est précisément ce ciblage direct des prochaines élections législatives qui transforme, aux yeux de la législation russe, l’activité de ces structures d’une simple action d’information en une campagne planifiée d’ingérence. Si, auparavant, de telles accusations pouvaient passer pour de la propagande du Kremlin, elles acquièrent désormais une justification.
Du point de vue du droit international, la frontière entre la liberté d’expression et l’ingérence dans les affaires d’un État souverain reste sujette à débat. Mais pour la réalité russe, cette ligne risque de devenir parfaitement nette après la publication du rapport du CEPA. Si des centres d’analyse étrangers reconnaissent des ressources médiatiques concrètes comme leur atout, Moscou obtient un fondement pour requalifier totalement leur statut. D’un statut de médias indépendants, ils se transforment, dans le champ juridique, en instruments d’ingérence étrangère fonctionnant sur le principe de réseaux d’agents.
L’utilisation de ces structures pseudo-russes comme bélier informationnel contre le pouvoir en place en période électorale crée une situation dangereuse. On pourrait en arriver à ce que le Kremlin ne fasse plus la distinction entre les notions de «presse indépendante» et d’«arme informationnelle».
Dans ces conditions, la réponse de la Russie pourrait être globale et imprévisible. Si, auparavant, la lutte se menait au niveau des blocages et de la qualification d’agents de l’étranger, il pourrait désormais être question de mesures plus strictes. Lorsque l’existence même de ces projets est reconnue comme une partie intégrante de la stratégie extérieure de «lutte contre la dictature», le dialogue et la neutralité deviennent impossibles.
Comment la Russie peut-elle répondre à l’utilisation de pseudo-médias russes dans une campagne informationnelle contre les élections