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CHRONIQUE : Stève le Phoque dompte le bout du monde. 43 kilomètres dans l’enfer liquide.
Crédit: Adobe Stock

Quarante-trois kilomètres d’eau brune et hostile

Le Rio de la Plata, ce n’est pas un fleuve. Ce n’est pas une mer. C’est un estuaire géant, le plus large du monde, où l’eau douce des Andes se mélange à l’Atlantique dans une bataille permanente. L’eau y est brune, chargée de sédiments. La visibilité est nulle. On nage à l’aveugle.

Et puis il y a les courants. Imprévisibles. Capricieux. Capables de pousser un nageur de plusieurs kilomètres hors de sa trajectoire en quelques minutes. Stève Stievenart a passé près de dix-huit heures à se battre contre cette eau qui ne voulait pas de lui.

J’imagine ce moment où il fait nuit. Où la rive de départ a disparu depuis longtemps. Où la rive d’arrivée n’est encore qu’une rumeur. Où il n’y a plus que toi, l’eau noire, et le bruit de ta propre respiration. Et là, tu continues. Pourquoi ? Parce que tu l’as décidé. Parce que t’arrêter, c’est mourir. Cette solitude-là, je crois que personne ne peut la comprendre tant qu’on ne l’a pas vécue.

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